Stéphane DIAGANA, Champion du Monde et Médaillé olympique, 400m haies
Les Français semblent tous progressivement gagnés par l'Amour des Jeux. La France a-t-elle besoin des Jeux?
La France a besoin des Jeux, tout comme l’Europe a besoin de l’Airbus A380. J’ai parfois l’impression que notre pays manque de confiance en ses capacités. Pourtant, ses atouts sont reconnus à l’étranger. Pour en avoir discuté avec des journalistes anglais, notre candidature pour les JO est respectée et redoutée outre-Manche. Pourtant, en France, j’entends certains dire que l’on ne peut pas se permettre d’accueillir les JO.Grèce l’a pourtant fait dans la douleur, mais brillamment. C’est un défi de société qui nous permettra de nous regarder tels que nous sommes, riches de notre passé et de notre présent, sans l’arrogance qui dissimule nos angoisses, mais sans le pessimisme qui les révèle. Il s’agit plus de nous prouver à nous même que de prouver aux autres. Les JO ont la force du symbole, servons-nous en ainsi. Compte tenu de l’exigence que nécessite leur organisation, je suis certain que si les Jeux ont lieu à Paris en 2012, il y aura un avant et un après JO pour notre pays.
L'organisation de la Coupe du Monde en 1998 a été l'occasion d'un vaste mouvement de cohésion nationale autour de "ses héros". Les gens ont-ils besoin de modèles, de héros?
On se souvient de la bouffée d’oxygène que nous ont apporté l’organisation de la Coupe du Monde et le succès des Bleus. On se souvient aussi de la France qui semble surprise de se réveiller en se découvrant Black, Blanc, Beur et victorieuse au matin du 13 juillet. Certains parlent aujourd’hui de feu de paille et de récupération politique du phénomène. Mais aborderait-on confortablement aujourd’hui en 2005 le sujet de la discrimination positive (dont je ne suis pas un adepte) dans notre société sans ce 12 juillet 1998? La force du symbole encore une fois! Le sport et son idéal constituent un modèle qui tend à faire cohabiter dépassement et respect, performance et responsabilité. Sa réalité est un miroir grossissant de notre société imparfaite qui vise dans tous les domaines à faire cohabiter ces deux aspirations co-substantielles à la notion d’humanité.
Croyez-vous que les Jeux Olympiques puissent durablement renforcer l’intégration et la cohésion sociale?
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“Le sport est un formidable outil de développement et d’exploration personnel et collectif” |
J’ai toujours maintenu que l’on ne se fréquentait pas sur un terrain de sport à l’école comme dans une salle de maths. Pas de place pour les petits regroupements bien homogènes entre amis du même quartier ou de même origine… Il faut composer avec la différence et trouver sa place dans une équipe que l’on a pas choisie et composée. C’est la première vraie expérience sociale grandeur nature! Le savoir-faire et le savoir-être sont alors les deux seuls juges. J’espère que les JO à Paris en 2012 permettront d’avoir un effet positif sur la place du sport à l’école entre autres pour avoir un effet durable sur la cohésion sociale. Il le faut pour pérenniser l’effet symbolique indiscutable des JO sur ce point.
Dans l’Histoire, les JO ont à plusieurs reprises servi de tribune que certaines nations ont utilisée pour vanter leur modèle politique. Dans notre monde moderne, les JO ne sont-ils pas la seule opportunité qui reste de rassembler la planète derrière des valeurs partagées par tous?
En disant que le sport est un miroir grossissant de notre société, il est aussi tiraillé dans sa réalité par les forces opposées qui agitent notre société dans tous les autres domaines, libéralisme et utilitarisme contre interventionnisme et éthique humaniste. Personne par contre n’ose ouvertement remettre en cause l’idéal en lui-même et les valeurs conjointes de dépassement et de respect qu’il incarne. Ces valeurs sont-elles pour autant partagées par tous? Je l’espère.
Comment concevez-vous le sport par rapport à vos convictions?
Je le conçois comme un formidable outil de développement et d’exploration personnel et collectif. Il a le mérite de ne jamais mentir à celui qui le pratique. Dépassement et respect, le dernier donnant du sens au premier.
Plusieurs valeurs et sujets de société sont associés à la candidature de Paris: accessibilité des handicapés, éthique, développement durable, aménagement du territoire. Quelles valeurs aimeriez-vous voir mises en avant lors de Jeux de 2012?
Incontestablement, le développement durable, car il intègre l’ensemble des autres thèmes et il répond en écho à mon idéal du sport: dépassement de nos limites technologiques, mais respect de tout ce qui donne du sens à cette quête en tant qu’humanité.
Plusieurs grandes entreprises soutiennent la candidature de Paris. Que pensez-vous du soutien de ces grands acteurs économiques?
Les XIX° et XX° siècles ont été les siècles de la performance: «qui pouvait être fait devait être fait!». Le possible justifiait presque par lui-même l’action. C’était le règne du dépassement et de la performance. Aujourd’hui, le progrès sème le doute. Une crise de sens apparaît. Le XXI° siècle et l’entreprise en premier cherchent à faire cohabiter performance et respect. Le sport sait le faire parfois et depuis longtemps, mais surtout en fait son asymptote, son idéal. Il n’est donc pas surprenant que l’entreprise soit plus que jamais attirée par un partenariat avec le sport.
L’entreprise doit avoir un rôle citoyen, d’autant plus que sa détention capitalistique est floue et lointaine pour ceux qui la font vivre: clients et acteurs locaux.
Supposons une seconde que vous soyez en charge de rédiger le discours d’ouverture : quel serait le maître mot ?
Dépassement et respect, il n’ y a pas d’idéal plus à même de tracer la route pour la jeunesse du monde.