Assia EL HANNOUNI, Athlète, Patrice GERGES, Fédération Française Handisport

Assia EL HANNOUNI, Athlète, Quadruple championne paralympique Athènes 2004,         Patrice GERGES, Directeur Technique à la Fédération Française Handisport


Comment vivez vous de «l’intérieur» la candidature de Paris aux JO 2012 ?

PG: Nous attendons avec une certaine impatience cette décision qui sera pour nous le début de quelque chose. Outre la fierté de recevoir les Jeux, nous sommes aussi assurés d’obtenir en 2006 des moyens supplémentaires en terme de préparation. Pour moi les Jeux de 2012 commencent aujourd’hui.

En tant qu’entraîneur ou sportif, est-ce que le lieu (Paris, New York, Madrid, Londres ou Moscou)  change quelque chose ?

“Organiser les  Jeux 2012 à Paris sera un tournant dans l’histoire du handisport en France”

PG: Oui, cela change tout. Les moyens financiers qui seront mis en œuvre seront largement supérieurs si Paris est retenue. De plus pour le handisport, nous pourrons  toucher beaucoup plus de monde, sensibiliser un public plus large qu’aujourd’hui.

AEH: Courir devant son public est un atout et une source de motivation incroyable et la couverture  médiatique de l’évènement sensibilise beaucoup plus lorsqu’on est le pays organisateur. L’expérience des championnats du monde d’athlétisme à Paris en 2003 où des épreuves handisports étaient organisées nous l’a démontrée.

Pourquoi attendre les Jeux pour attendre ces moyens ?

PG: Parce que c’est un évènement planétaire et qu’il faut répondre aux attentes de chacun. Il y a néanmoins plus de budget aujourd’hui qu’avant mais cela reste bien en deçà de ce dont nous avons besoin pour une réelle politique de développement.  Nous gérons aujourd’hui quasiment au jour le journous connaissons de sérieux problèmes de  recrutement de l’encadrement,  de sensibilisation des jeunes, etc. Il nous faut toucher un  nouveau public qui ne se sent pas encore concerné par le handisport. En particulier, il faut comme pour les valides sensibiliser les jeunes. Hormis les personnes en fauteuils,  les déficients visuels et les amputés, tous les autres ne se sentent pas concernés par le handisport. Toutes les personnes qui ont un handicap doivent savoir qu’elles peuvent pratiquer un sport et qu’elles peuvent y trouver un bénéfice. Aujourd’hui, elles ne comprennent pas ce bénéfice et les prestations proposées sont dérisoires. Il nous faut alors avoir la possibilité de proposer autre chose et c’est cela qui nécessite des moyens financiers.

Que faudrait-il faire ?

PG: Il faut absolument développer les  infrastructures capables d’accueillir des personnes handicapés. Au  Stade Charletty où nous sommes, il est, par exemple, impossible de faire une compétition! Il n’y a que deux ascenseurs accessibles sur demande au gardien. Il y a des fonds importants débloqués par le Ministère pour  rendre accessibles les infrastructures existantes mais ces fonds ne sont pas forcément utilisés par les collectivités locales. Il faut peut-être les y inciter mais surtout informer le public pour créer la demande. La communication et la promotion de nos actions manquent fortement mais il est aussi difficile de communiquer sur un produit ou un service qui n’est pas complet.

Organiser les  Jeux 2012 à Paris sera un tournant dans l’histoire du handisport en France.

Nous avons aussi un problème d’encadrement. Aujourd’hui, il n'est quasiment que bénévole. Difficile de développer une activité basée sur du bénévolat pur. Les  athlètes qui ont une démarche professionnelle, s’entraînent près de 18h par semaine.

Les Australiens, lors des JO 2000, ont embauché et réussi à  faire pratiquer un grand nombre, de façon professionnelle, et quand on voit les résultats qu’ils ont eus en 2000, cela ne peut que faire réfléchir.

AEH: Je souhaiterais revenir sur le manque d’information souligné par Patrice Gergès. Je ne connaissais pas la Fédération Française Handisport à mes débuts. J’étais moi-même confrontée au problème des structures uniquement dédiées aux valides, et il n’y avait aucun club pour les handicapés. J’ai eu de la chance en étant repérée en école spécialisée par un membre de la FFH lors d’une compétition .

Quels regards portez-vous sur les discours officiels (entreprises, collectivité) qui défendent des valeurs importantes et citoyennes à travers l’évènement des JO ?

PG: je fais les Jeux depuis 92 et à Barcelone ou Sydney, il était possible à un handicapé en fauteuil de se déplacer librement dans la ville. A Paris, si je dois prendre l'exemple de la RATP, il y a des stations accessibles aux handicapés en fauteuil, elles sont peu nombreuses mais elles existent. J'insiste sur un pointécis: c'est la station qui est accessible mais pas le métro en lui-même où l'espace entre le quai et les rames peut dépasser 20-30 cm en hauteur et ou en largeur. En 2003, lors des championnats du monde d'athlétisme à Paris une compétition pour handicapés avait été organisée en présentation. Pour se rendre au Stade de France, les spectateurs en fauteuils roulants ne pouvaient y aller seuls.

Et si Paris n’était pas retenue pour 2012… ?

AEH: Cela ne changera rien du point de vue de l’entraînement mais des années seront nécessaires pour mobiliser les gens autour de l’handisport.

PG: Si Paris n’a pas les Jeux, on va perdre 20 ans ! Il y a quand même des choses qui ont commencé mais si la candidature n’est pas retenue, l’accélération attendue sur les projets d’accessibilité par exemple sera beaucoup moins forte et d’autres projets passeront prioritaires par rapport à celui-ci. D’un point de vue sportif aussi, cela aura une conséquence : la France au niveau international sera plus au niveau de la 10ième place que de la 4ième !
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