Martin HIRSCH, Président d’Emmaüs France

Martin HIRSCH, Président d’Emmaüs France

Selon vous, les Français ont-ils besoin des Jeux ?

Je préside un mouvement, Emmaüs France, qui est composé de 250 associations, des gens qui ne sont pas des privilégiés. Quelques milliers de personnes travaillent ou sont accueillis à Emmaüs. J'ai constaté qu'ils s'intéressent aux JO, qu'ils en parlent et qu'ils ont beaucoup regardé les retransmissions lors des Jeux d'Athènes. Quand j'ai su que les JO pouvaient venir en France, je me suis dit qu'il fallait absolument que les personnes d'Emmaüs puissent s'impliquer de manière positive non seulement comme spectateurs ou consommateurs mais surtout comme acteurs.

Quelle est votre projet alors pour impliquer les personnes d'Emmaüs ?

Les études économiques montrent que les JO créent de l'emploi. Je souhaite que cela soit aussi de l'emploi pour les gens exclus du travail. Bien que les Jeux durent 15 jours, Paris cherche à concevoir des actions astucieuses et utiles qui auront d'autres utilités après les Jeux. Classiquement, par exemple, le village olympique est construit pour être utilisé après les Jeux.

“A la notion d’éphémère, on peut rajouter aux JO la notion d'utilité durable”

Pour Emmaüs, il y a autre chose. L'activité économique d'Emmaüs, c'est la deuxième vie des objets depuis 50 ans. Dans le passé, c'était la deuxième vie des chiffons, du papier, des métaux lourds. Maintenant, c'est la deuxième vie des vêtements, des téléphones portables, des ordinateurs, des cartouches d'imprimante, des réfrigérateurs, des bibelots, des meubles... A la notion d’éphémère, on peut rajouter aux JO la notion utilité durable : 15 jours de JO, 15 ans de réemploi solidaire. Il faut d'emblée travailler sur deux dimensions.

D'une part, introduire la notion de deuxième vie des matériels utilisés pendant les JO. Cette démarche, qui est notre activité économique, ne pourra fonctionner que si elle est pensée à l'avance. Il faut qu'elle apparaisse dans les contrats passés avec les entreprises, dans les conditions de sponsoring, dans le choix des matériels. Bien sûr, si la démarche fonctionne, ce ne sera certainement que sur une partie des matériels.

D'autre part, la deuxième dimension est l'emploi. Quel type d'entreprise d'insertion peut-on faire travailler ? Comment faire que les critères de recrutement des entreprises et les conditions de sous-traitance entraînent la présence à la fois des entreprises à l'offre classique et des entreprises ou des associations centrées sur les publics en difficulté ? Cela implique certainement qu'il faut dès le départ écrire dans les différents cahiers des charges soit une clause sociale, soit une répartition des parts d'activité.

Je souhaite qu'on réussisse à rendre présente une dimension sociale, compatible avec les exigences que les travaux soient bien faits et terminés en temps utile.

Ces idées ont-elles été appliquées par le passé ?

L'organisation des JO nous a dit que cela n'avait jamais été expérimenté par le passé par qui que ce soit. Nos ramifications internationales sont dans des pays qui ont peu accueilli les JO jusqu'à présent : Bénin, Burkina-Faso, Bengladesh... nous n'avons donc pas pu influencer l'organisation des Jeux jusqu'à présent. Nous sommes présents dans quelques pays européens où nous avons peu d'activité. La plus grande concentration Emmaüs est en France.

Comment avez-vous introduit ces idées ?

J'ai écrit au Maire de Paris cet été en proposant qu'Emmaüs soit partenaire des JO comme les autres sociétés du Club des Entreprises. Un quiproquo, un peu volontaire de ma part, a eu lieu avec un collaborateur du maire de Paris à propos de la somme de 1,5 millions d'€ à verser pour devenir partenaire des JO. Je lui ai expliqué qu'il avait mal compris et que je ne fournirais pas d'argent mais qu'Emmaüs apportait sa capacité à donner un autre visage aux JO. C'est un partenariat citoyen donnant-donnant, pas seulement du partenariat de sponsoring.

Comment préparez-vous cette action ?

“L'organisation des JO est le projet de société par excellence où nous pouvons intégrer nos compagnons comme acteurs”

Pour l'instant, la préparation consiste à faire entrer l'idée dans les têtes. Aujourd'hui, Bertrand Delanoë cite Emmaüs et la possibilité de créer des emplois quand on lui pose la question de la dimension sociale des JO. A Emmaüs, les personnes sont enthousiastes pour être associées à l'aventure. En dehors de l'association, j'ai été confronté à de la surprise et de l'incrédulité, mais aussi au fait qu'il est évident qu'on ne peut pas clamer d'une part que les JO sont un grand projet qui apporte à tous et d'autre part que l'on dise à ceux qui en ont le plus besoin «, désolé, la porte vous est fermée».

Enfin, nous sommes en train d'acter les grands principes de ce que nous pourrions apporter après la décision début juillet du CIO.

Comment cela va-t-il se passer concrètement?

Au cas où Paris serait sélectionné, une personne d’Emmaüs ou représentant la fédération des entreprises d’insertion sera nommée pour participer au comité d’organisation. Elle aura pour rôle de mobiliser le réseau d’entreprises d’insertion d’une part, et d’autre part, de leur assurer une place dans les JO. Cela pourrait prendre la forme d’attribution spécifique de travaux confiés au secteur associatif, la mise en place de partenariat entre les entreprises du secteur marchand et les entreprises d’insertion ou bien des embauches de personnes en insertion.

De même, le réemploi peut passer par la mise en place de clauses de récupération du matériel par Emmaüs, ce que certaines entreprises font tous les jours.

Quel intérêt avez-vous à être associé à cette manifestation?

L’intérêt est de bousculer les stéréotypes sur la pauvreté et d’être associé à une manifestation positive qui véhicule une image de performance. Nous voulons surprendre là où nous ne sommes pas attendus. C’est par exemple le sens du Salon de la Mode que nous organisons chaque année. Mais ce qui compte le plus, c’est que l’on puisse compter le nombre d’emplois créés. Pour les organisateurs, la participation d’Emmaüs donne une image plus sociale et plus concrète des Jeux. Cela participe à l’adhésion d’un pays au concept des JO. Cela pourrait peut-être influencer le CIO pour que les JO ne soient pas uniquement associés qu’à deux trois grandes multinationales.

Alors, les JO une aventure exceptionnellevos adhérents?

Nous mobilisons tous les jours des équipes sur le terrain pour des objectifs économiques et sociaux. Les JO sont très populaires parmi les compagnons qui prennent des vacances pour les regarder. Je pense que des personnes sont en situation difficile car on ne sait pas les intégrer dans des projets de société. L’organisation des JO est un projet de société par excellence ou nous pouvons les intégrer comme acteurs.

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